Deuxième voyage clandestin:

Dans la nuit du 23 Avril 2007, alors que la fente était réparée, nous relançâmes le voyage pour les Îles Canaries. Cette fois-ci, nous n’avions plus le même effectif du premier départ (73 personnes), nous étions maintenant 77 personnes ; un jeune couple libérien et leurs deux enfants, dont un bébé d’à peine sept à huit mois, avaient embarqués à bord du “Queens Mary“, version “passagers clandestins classes“. Je fus encore plus stupéfait que lorsque j’avais vu les femmes et enfants lors du premier voyage ; car cette fois-ci nous avions à bord un nourrisson. J’imaginai alors le nombre d’africains qui avaient perdu espoir en l’Afrique et qui étaient prêts à se sacrifier comme j’étais en train de le faire maintenant. Après un jour de trajet sur l’eau, dans la matinée du deuxième jour, le moteur de la pirogue tomba en panne ; ce n’était que le début d’une longue et pénible journée. Nous restâmes toute la journée à réparer le moteur de la pirogue, en vain. Tout le monde était fatigué, les enfants se plaignaient des chauds rayons de soleil, et le bébé pleurait violemment, de toutes ses forces. Ces enfants mêmes, qui avaient supporté le vent, le froid, les agitations de l’océan et la suffocante chaleur durant le premier voyage raté, n’en pouvaient plus. La tension était vraiment montée et les disputes venaient de partout. Pendant la réparation du moteur, sans le savoir, le commandant de bord avait mouillé le GPS de navigation, qui servait de guide. Quelle poisse ! Comment pouvoir continuer le voyage, si toutefois nous réparons le moteur ? Un peu comme si DIEU avait eu pitié des enfants, surtout des pleurs du bébé, le moteur redémarra, un peu vers le crépuscule. Nous décidâmes encore une fois de rebrousser chemin. Nous nous retrouvâmes cette fois-ci, vers Guohéra (territoire entre le Sahara Occidental et la Mauritanie), à environ 5 km de la ville de Nouadhibou. Sur le chemin du retour, lors de la marche, la gendarmerie mauritanienne captura la femme et sa fille, ainsi que son homme qui s’était aussitôt rendu avec le bébé dans les bras. Ils furent tous refoulés à la frontière avec le Sénégal (Rosso), sans la moindre assistance. De retour à nouveau à Nouadhibou, découragés, nous fixâmes le voyage pour la fin du mois prochain (fin Mai). Ainsi nous aurons le temps de faire des sacrifices et offrandes pour la bonne réussite de la dernière tentative de voyage pour les Îles Canaries (Espagne).