8 janvier 2011

Premier voyage clandestin:

Ceci est une partie de ma vie. Pourquoi je te la raconte à toi, je ne le sais pas vraiment ; mais j’espère que tu en feras bon usage. Tels sont les mots que m’ont adressé le chauffeur de taxi, diplômé d’une maîtrise de droit civile, avant de raconter son incroyable histoire au jeune Mondo-blogueur “Citoyen“.

-Voilà une année et huit mois, que j’avais quitté mon pays. J’étais arrivé à Nouakchott (Mauritanie), dans l’espoir de partir très rapidement pour l’Espagne (les Îles Canaries). Mais comment allais- je faire ? Moi qui avais échoué depuis le pays, à trois tentatives d’obtention du visa étudiant, dans trois différentes ambassades de pays européens.

Nous étions au quatrième mois de l’année, très exactement le 07 Avril 2007 ; j’étais précipitamment arrivé à Nouadhibou, une semaine auparavant, après avoir reçu un coup de fil d’un ami, m’informant qu’une pirogue était prête à partir et qu’il y avait encore deux places restantes. J’avais sans réfléchir revendu avec perte le taxi que je venais d’acheter trois mois à peine. Dans la nuit du 15 Avril 2007, à 2 heures du matin, nous étions 73 personnes dont 22 femmes et 4 enfants, prêtes à embarquer pour les Îles Canaries. Au début, j’avais terriblement peur, car je ne pensais qu’à la mort ; mais quand je vis ces femmes et ces enfants, je me dis que je ne mourrais certainement pas seul et que de toutes les façons, où que l’on soit, l’on ne peut vraiment échapper à l’heure exacte de sa mort. Autant s’armer de volonté et de courage, car c’est l’Europe ou bien la mort. Nous embarquâmes à bort de la pirogue et nous nous éloignâmes des côtes mauritaniennes, chacun faisant ses prières en silence. Après deux jours de voyage sur l’Océan Atlantique, le commandant de bord constata qu’une légère fente au bas de la pirogue, laissait entrer l’eau. Au début, ce ne fut pas inquiétant ; mais un peu plus tard, nous remarquâmes que l’eau entrait vraiment par la fente. Nous décidâmes de rebrousser chemin, au risque de ne pas couler. Le retour étant facile, car c’est une descente vers les côtes ; nous prîmes seulement 24 heures pour rentrer au port artisanal de Nouadhibou. Nous n’avions même pas consommé le quart de nos provisions, essentiellement d’eau, de biscuits, de galettes et de jus d’orange. Je gardais toujours espoirs car nous devions repartir une semaine plus tard, après que la fente soit réparée. Chaque passager avait droit à trois tentatives de voyage ; après quoi, les 250 000 ouguiyas (environ 800 euros) payés avant l’embarcation n’étaient plus remboursables. Alors j’attendais impatiemment le prochain départ.

Le premier départ
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